Le temps est bref et ma volonté grande,
Qui ne me veut permettre le penser;
Ma passion me contraint et commande,
Selon le temps, le parler compenser.
Jusqu'ici je craint de m'avancer,
En attendant un temps de long loisir,
Mais il n'est pas en moi de le choisir ;
Par quoi du peut faut que mon profit fasse:
En peu de mots je vous dirais mon désir,
C'est que je n'est volonté ni plaisir
Que d'être sûr de votre bonne grâce.
Cent fois, cent fois, cent fois, j'en répète l'aveu,
J'aime! et voici mon blasphème,
Voici ma frénésie et mon hurlement : j'aime !!!
J'aime a faire trembler les cieux ! Quoi ! c'est en vain !
Oh ! c'est là l'inouï, l'horrible le divin,
de ce dresser d'ouvrir des ailes insenssées,
De s'attacher, sanglant a toutes les pensées
Qu'on peut saisir, avec des cris, avec des pleurs,
de sonder les terreurs, de sonder les douleurs,
Toutes, celles qu'on soufrre et celles qu'on invente,
De parcourir le cercle entier de l'épouvante,
Pour retomber toujours au même desepoir !
La lumière veut que l'homme las s'endorme, elle fait le soir ;
Elle étale dans l'aube, ainsi que des corbeilles,
Sous des flots de raysons, le primptemps plein d'abeilles ;
Sa grandeur pour le monde en boté se résout.
Une vaste lueur ardente embrase tout,
De l'archange à la brute et de l'astre a la pierre,
Croise en forêt de feu ses rameaux de lumière,
Va, viens, monte, descend, féconde, enflamme, emplit,
Combat l'hiver liant les fleuves dans leur lit,
Et lui fait lâcher prise, et rit dans toute chose,
Luit mollement derrière une feuille de rose,
Chauffe l'énormité sidérale des cieux,
Brille, et, de mon côté, prodige monstrueux,
Ce flamboiement se dresse en muraille de glace !
Oui, la création heureuse s'entrelace
Tout entière, clartés et brume, esprit et corps,
Dans la lumière, avec l'inéfable accords ;
L'être le plus souillés retrouve l'innocence
Dans sa toute tendresse et sa toute puissance ;
Ô misère sans fond ! Écoutez ceci, sphères,
Étoiles firmaments, ô vieux soleil, mes frères,
Vers qui monte en pleurant mon douloureux souhait,
Cieux, azurs, profondeurs, splendeurs...............je t'aime.